Home Actualité Cultiver pour mieux se nourrir, la réponse locale à la sous-consommation de...

Cultiver pour mieux se nourrir, la réponse locale à la sous-consommation de légumes en milieu rural

113
0

Dans les zones rurales du Bénin, la faible consommation des légumes reste un défi de santé publique. Pourtant, des initiatives communautaires émergent, démontrant que consommer ses propres est une réponse concrète cette problématique. A Tchetti, dans la commune de Savalou, un jardin potager communautaire montre la voie. Un modèle reproductible à l’échelle nationale ?

Un cocon vert enrichi par le compost…et des légumes traités avec le bio persticide

Au Bénin, comme dans de nombreux pays de la sous-région, les légumes sont loin d’occuper la place qu’ils méritent dans l’assiette. Selon les recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), chaque individu devrait consommer 400 g de fruits et légumes par jour. Pourtant, dans plusieurs localités rurales du Bénin, les légumes sont toujours relégués au second rang, perçus comme de simples compléments, ou pire, comme luxe réservé aux malades ou aux citadins. Cette sous-consommation provoque la malnutrition chronique, l’anémie chez les femmes et les enfants, affaiblissement de défense immunitaire, etc. Autant de conséquences sanitaires inévitables. Or, des solutions existent. Et parfois, elles émergent là où on les attend le moins : au cœur des villages, portées par des communautés, la terre et une volonté de transformer les habitudes alimentaires à la racine.

Le jardin potager collectif de Tchetti, une expérience qui fait école

A Tchetti, dans la commune de Savalou, un petit lopin de terre porte aujourd’hui des grands espoirs. Sur une parcelle d’environ 50m2, cultivée collectivement, l’idée n’est pas seulement de produire de légumes, mais de montrer qu’il est possible de créer un modèle durable, reproductible et fondé sur les ressources locales. L’initiative est portée par la Fédération des Groupements de Femme de Tchetti-Lema (FGFTL) en partenariat avec l’ONG Monde Solidaire Bénin. Ensemble, elles ont fait le pari de démontrer que la culture maraichère, même à petite échelle, peut transformer les habitudes alimentaires d’une communauté. Sur ce jardin témoin, les femmes cultivent en bio en utilisant du compost et du biopesticide qu’elles fabriquent à base de l’eau, des feuilles de neem, du piment, etc. Tomates, gboman, piments et bien d’autres, le potager diversifie les récoltes et réintroduit dans les assiettes des légumes souvent oubliés ou sous-consommés.

Cultiver ses propres légumes pour mieux se nourrir et se protéger

Pierrette Djomatin, présidente de la FGFTL, parle avec fierté de ce jardin qui monte la voie à d’autres localités. « Nous avons voulu créer ce potager pour montrer à nos sœurs qu’on peut produire nos propres légumes, sans dépendre du marché. Avant, on n’avait pas toujours les moyens d’acheter les légumes régulièrement. Maintenant, on les cultive, on en mange, et on partage même avec les voisins », confie-t-elle. Pour Yves Lokossou, Directeur Exécutif de l’ONG Monde Solidaire Bénin, cette initiative n’est qu’un point de départ. « Ce jardin pilote est une base. Avec plus de moyens, il pourrait s’étendre, nourrir les écoles, les centres de santé, les marchés locaux. Notre ambition est de créer un grand potager sur une grande superficie au profit des femmes et de la communauté », souligne-t-il. Dr Eudoxie Amli, médecin à la Clinique Grâce-Divine PILA 2 de Tchetti, voit déjà les bénéfices sanitaires. « Les légumes sont essentiels pour prévenir de nombreuses pathologies. Nous constatons une réduction des cas d’hypertension et de malnutrition infantile chez les familles qui en consomment régulièrement. Promouvoir leur culture et leur consommation, c’est agir directement sur la santé publique », affirme-t-elle.

Légumes récoltés dans le jardin et prêts à être mis sur le marché local

Repenser la consommation des légumes à l’échelle des territoires 

La sous-consommation de légumes en milieu rural ne résulte pas uniquement de la pauvreté. Elle est souvent liée à une absence de culture maraîchère locale, au manque d’accès aux semences, aux intrants bio, à l’eau et aux connaissances agricoles de base. Dans certains cas, c’est aussi un problème culturel : certaines communautés ne mangent pas ce qu’elles ne cultivent pas. L’initiative de Tchetti montre qu’il est possible d’agir autrement. En favorisant la production locale, en valorisant les savoir-faire paysans et en encourageant une approche collective et participative, on recrée le lien entre la terre et l’assiette. Le jardin potager de Tchetti témoigne aussi du rôle moteur des femmes rurales dans la transformation des pratiques alimentaires. Cependant, cette réponse locale reste fragile. Ce potager en question est en phase pilote. Sa superficie est encore limitée, ses rendements modestes, ses outils rudimentaires. Il lui manque aujourd’hui un accompagnement technique, des infrastructures de stockage, un accès facilité à l’eau et des ressources financières pour permettre son extension.

 

Et si, au fond, la solution se trouvait au cœur des potagers ?

Le potentiel de l’expérience ainsi décrite est immense. Avec le soutien des collectivités territoriales, des partenaires techniques et financiers, des ministères sectoriels et des organismes de coopération, le jardin témoin de Tchetti pourrait devenir un modèle régional. Imaginez une coopérative féminine gérant un grand jardin communautaire, approvisionnant les cantines scolaires, formant les jeunes à l’agriculture bio, et alimentant régulièrement les marchés locaux en légumes frais, nutritifs et bon marché. Ce rêve est de portée de main, à condition que les bonnes volontés se mobilisent. Il est urgent que les politiques publiques en matière d’agriculture, de nutrition et de santé reconnaissent et accompagnent ces micro-initiatives communautaires. Car ce sont elles qui portent en germe les vraies solutions aux défis alimentaires de demain.

Un modèle duplicable dans toutes les localités du Bénin…

C’est clair. A Tchetti, un petit jardin a réveillé une grande idée : cultiver ensemble pour mieux se nourrir. Face à la sous-consommation de légumes qui mine la santé en milieu rural, cette réponse locale montre la voie. Certes, le chemin est encore long, mais les graines sont semées. Et si les appuis nécessaires suivent, ce modèle pourra fleurir dans d’autres communes du Bénin. Ce n’est plus seulement une affaire de légumes, mais une question de souveraineté alimentaire et de santé publique. Car mieux manger, c’est aussi mieux vivre. Et cela commence par la terre, les communautés engagées et la volonté d’agir durablement.

____________________

Par | Romaric K. Oda – juillet 2025 > Concours des Médias «Prix des meilleures productions mediatiques sur la consommation des legumes»

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here